« Je me suis sentie acceptée dès le premier jour »

Women in Tech - Marloes Moerman, site manager Pergen
En coulisses
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17 février 2020

Marloes Moerman – originaire de Rotterdam et maman de deux enfants – a une apparence amicale et sympathique, mais cela ne l’empêche pas de se révéler très efficace en tant que site manager de la centrale de Pergen…

L’usine de « Pergen » est une centrale thermique de cogénération capable de produire jusqu’à 300 mégawatts d’électricité, de même que 700 tonnes de vapeur par heure. L’usine est établie sur les vastes terrains de la raffinerie Shell – une des plus grandes au monde – au sein du port de Rotterdam. Marloes Moerman a été nommée site manager de Pergen il y a deux ans.

« La physique et les mathématiques m’ont toujours intéressée », explique Marloes. « Je me rappelle que, lorsque j’étais encore une petite fille, mes parents m’emmenaient souvent sur la plage d’Oostvoorne près de Rotterdam. Nous y longions toute une série d’usines chimiques qui ne sentaient pas toutes très bon, mais j’étais tout de même fascinée. »

Les filles en minorité !?
Lorsqu’elle quitte l’école secondaire, Marloes se tourne définitivement vers les sciences. Quelques années plus tard, elle décroche un Master en Génie chimique à l’université TU Delft. Il n’est pas surprenant que le nombre d’étudiants masculins dans cette orientation soit largement plus élevé – en particulier à cette époque – par rapport au nombre d’étudiantes de sexe féminin.

« Le rapport devait alors être d’environ 80/20, mais ce n’était pas vraiment un problème. Néanmoins, quand j’ai fait savoir quelles études j’allais suivre à mon entourage, j’ai entendu ici et là que j’avais choisi une voie très difficile. Comme si c’était hors de portée pour une fille. En tant que jeune femme, on peut donc être confrontée à des préjugés, qui nous obligent véritablement à défendre notre choix d’étude. Aujourd’hui, je peux en rire mais, à cet âge, on manque encore souvent d’assurance. Il est en tout cas judicieux de mettre ces commentaires de côté et de ne pas se laisser effrayer. »

DSM & Kerry Ingredients
« Quand j’ai été nommée site manager, j’ai entendu des commentaires similaires. Ils me demandaient alors si « ce n’était pas trop lourd comme charge pour moi ? ». Étonnamment, ces questions étaient généralement posées par des femmes. Alors que je me sens justement très bien ici. »

« J’ai débuté ma carrière chez DSM Food Specialties. Quelque temps plus tard, j’ai été promue product manager, puis global marketing manager. Durant cette période, j’ai appris énormément sur les méthodes permettant de commercialiser avec succès de nouveaux produits sur le marché et sur la manière de gérer au mieux les clients. Par la suite – toujours au sein de DSM – quand je me suis retrouvée dans une unité opérationnelle qui me convenait moins bien, je suis partie à la recherche d’un autre emploi. Suite à une période en tant que business developer chez Kerry Ingredients – une entreprise alimentaire internationale – j’ai rejoint Air Liquide. »

« Pendant cette période, j’avais également décidé de revenir à la « véritable » chimie, car je m’étais quelque peu égarée dans les domaines du marketing et des sales pour le secteur alimentaire et pharma.. Non pas que je le regrette, puisque cette expérience m’est encore très utile aujourd’hui. »

Marloes travaille maintenant depuis plus de cinq ans pour Air Liquide. Initialement en tant que business development manager pour la division Large Industries, où elle a négocié plusieurs contrats importants. À cette époque, la société Shell est devenue l’un de ses comptes, et elle a donc découvert de près le site de Pergen. Grâce à sa formation technique, à sa capacité à mener à bien des dossiers complexes et à son talent pour entretenir de bons contacts à tous les niveaux, Marloes a été nommée peu de temps après site manager, une fonction qu’elle remplit jusqu’à ce jour avec beaucoup d’enthousiasme.

Des collaborateurs satisfaits
« Il est de ma responsabilité de m’assurer que les différentes équipes – 38 personnes sont employées ici – travaillent bien ensemble, afin que nous puissions atteindre nos objectifs et ce, en toute sécurité. Je définis aussi les priorités – il y a toujours des idées pour améliorer la sécurité, la fiabilité de livraison et l’efficacité énergétique – et je veille à ce que les ressources nécessaires soient disponibles. »

« Je suis en outre l’interface du site à l’égard du monde extérieur : j’aide à préserver l’image et je me charge des contacts avec les pouvoirs publics. J’interviens également comme chargée de relations commerciales pour nos clients, y compris Shell. Pour finir, je m’occupe des ressources humaines. J’essaie de veiller à ce que nos collaborateurs puissent évoluer et que les conditions de travail soient bonnes. Et ça marche ! En effet, nous affichons d’excellents résultats en termes de satisfaction des travailleurs. L’ambiance est ici très collégiale, on est presque comme une famille. »

« Parfois, les clients ou fournisseurs sont surpris quand ils constatent qu’ils ont affaire à une femme. Très rarement, ils font une remarque telle que « Je vais un peu vous expliquer ». Comme si j’allais comprendre moins vite parce que je suis une femme. Je tire parfois profit de cette position d’outsider, mais ce sentiment reste tout de même inconfortable. »

« Ici, sur le site de Shell, il y a aussi d’autres femmes qui occupent la fonction de plant manager. Le monde est parfois encore un peu conservateur, mais au sein d’entreprises comme Air Liquide ou Shell, ce n’est heureusement pas le cas. Je me suis sentie totalement acceptée et la bienvenue dès le premier jour. Naturellement, ils ont été curieux au début, quand je suis arrivée, mais cela me semble logique. »

Enfants versus travail
« Il n’est pas aisé de combiner un emploi comme celui-ci avec la charge de travail qu’implique une famille. Il est donc indispensable de bien s’organiser et de chercher une aide externe. Pensez aux entreprises qui livrent les courses à domicile ou encore à une baby-sitter. Les hommes ne se mettent pas en tête d’assumer l’intégralité du ménage en plus d’un emploi difficile, et les femmes feraient bien de suivre leur exemple. »

« Les femmes qui ambitionnent une carrière dans le secteur technologique ne doivent surtout pas se laisser effrayer par les commentaires de leur entourage. Si vous en avez envie, lancez-vous. D’une manière ou d’une autre, vous trouverez un endroit où vous vous sentirez à votre place. »

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